Quadruple Hélice

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Les systèmes d’innovation de la quadruple et de la quintuple hélice

DAns InnoVATions 2017/3 n° 54 , PAges 173 À 195 ÉDiTions De Boeck SuPéRieuR

Article disponible en ligne à l’adresse https://shs.cairn.info/revue-innovations-2017-3-page-173?lang=fr

Distribution électronique Cairn.info pour De Boeck Supérieur.

LES SYSTÈMES D’INNOVATION DE LA QUADRUPLE ET DE LA QUINTUPLE HÉLICE ¹

Elias G. CARAYANNIS

Department of Information Systems & Technology Management, School of Business The George Washington University, États-Unis

caraye@gwu.edu

David F. J. CAMPBELL

Alpen-Adria-University Klagenfurt, Faculty for Interdisciplinary Studies (IFF) Institute of Science Communication and Higher Education Research (WIHO)

Vienne, Autriche david.campbell@aau.at University of Applied Arts Vienna Unit for Quality Enhancement (UQE), Autriche

david.campbell@uni-ak.ac.at

RÉSUMÉ

Alors que pour le modèle de la triple hélice, l’existence d’une démocratie n’est pas (en soi) nécessaire pour la production de connaissance et pour l’innovation, la quadruple hélice est plus explicite à ce sujet. La manière dont celle-ci est pensée, conçue et imaginée montre clairement qu’il ne peut y avoir de système d’innovation basé sur la quadruple hélice sans démocratie ou un environnement démocratique. Les attributs et les éléments suivants défi- nissent la quatrième hélice de la quadruple hélice : « des citoyens influencés par les médias et la culture », la « société civile » ainsi que « l’art, la recherche artistique et l’innovation basée sur l’art ». La quatrième hélice de la quadruple hélice représente la perspective d’une « dimension démocratique » ou « d’un contexte démocratique » pour le savoir, la produc- tion du savoir et l’innovation. La quintuple hélice élargit le concept de la quadruple hélice

1. Remerciements : Nous tenons à exprimer notre sincère gratitude et nos vives félicitations à Birgit Eigelsreiter (Mag.phil., Bakk.phil., M.A., M.A., birgit.eigelsreiter@outlook.com) pour l’aide à la traduction de nos idées et nos concepts en français. En outre, nous tenons à la remer- cier de la diligence et du professionnalisme dont elle a fait preuve. Elle a joué un rôle crucial un tant que guide et interprète culturel.

en y ajoutant les aspects liés à « l’environnement naturel de la société et de l’économie », à « l’écologie sociale » et la « transition socio-écologique ». Les questions environnemen- tales peuvent être mieux abordées et traitées dans une démocratie que dans un système politique autoritaire.

Mots-clés : Démocratie du savoir, Transition socio-écologique, Systèmes d’innovation de la quadruple hélice, Quintuple hélice

ABSTRACT

Quadruple and Quintuple Helix Innovation Systems

While for the Triple Helix model the existence of a democracy is not necessary for knowl- edge production and innovation, the Quadruple Helix is here more explicit. The way, how the Quadruple Helix is being engineered, designed and “architected”, from that it is clear that there cannot be a Quadruple Helix innovation system without democracy or a demo- cratic context. The following attributes and components define the fourth helix in the Quadruple Helix: “media-based and culture-based public”, “civil society” and “arts, artis- tic research and arts-based innovation”. By this the fourth helix in the Quadruple Helix represents the perspective of the “dimension of democracy” or the “context of democ- racy” for knowledge, knowledge production and innovation. This is particularly true when democracy is to be understood to transcend the narrow understanding of being primarily based on or being primarily rooted in government institutions (within Triple Helix). Civil society, culture-based public, quality of democracy and sustainable development convinc- ingly demonstrate, what the rationales and requirements are for conceptualizing democ- racy broader. Political pluralism in a democracy co-evolves with the pluralism, diversity and heterogeneity of knowledge, knowledge production and innovation (“Democracy of Knowledge”). The Quintuple Helix extends the Quadruple Helix by aspects of the “natural environments of society and economy”, “social ecology” and the “socio-ecological transi- tion”. Also this environmental context of society can be better addressed in a democracy than in a non-democracy. The current world appears to be challenged by a race between developing democracies versus emerging autocracies over knowledge production and inno- vation.

Keywords: Democracy of Knowledge, Socio-Ecological Transition, Quadruple Helix Innovation Systems, Quintuple Helix


Les systèmes d’innovation sont fondés sur l’approche de la « triple hélice » (Etzkowitz, Leydesdorff, 2000). Dans l’approche dite de la « triple hélice », la métaphore de l’hélice symbolise des secteurs d’activités interconnectés et imbriqués les uns aux autres. Cette approche ne demande pas forcément des systèmes démocratiques. Elle met l’accent sur l’économie du savoir sur laquelle pourraient s’appuyer des régimes non-démocratiques (autoritaires). Les régimes non démocratiques peuvent être tentés par la mise en œuvre d’une multitude de modèles basés sur la triple hélice. En revanche, prenant comme point de départ leur conception et leur définition, il est impossible d’intégrer des systèmes fondés sur la quadruple hélice dans des régimes non- démocratiques (autoritaires) (Carayannis, Campbell, 2012, 2014). La démo- cratie est une précondition pour la quadruple hélice (Campbell, Carayannis, 2013a, 2015 ; Campbell, Carayannis, Rehman, 2015). En outre, certains signes montrent que la sensibilité écologique intégrée dans la quintuple hélice (Carayannis, Barth, Campbell, 2012) peut être plus facilement mise en œuvre et encouragée dans un cadre démocratique de production du savoir et d’innovation. Pour la quadruple hélice, « la démocratie compte » : « Cela correspond à une vision de type ‘nouvelle Renaissance’ où la démocratie favorise le développement d’actions conduisant à une croissance durable, intelligente et inclu- sive tout en défendant le développement durable ». Cette approche devra ensuite promouvoir les happy accidents (heureux hasards) (Carayannis, Campbell, Rehman, 2016).

Dans le domaine du savoir et de l’innovation, il peut naître un débat confrontant la démocratie à la technocratie car la vision technocratique (et bureaucratique) des régimes autoritaires peut être remise en cause et contes- tée par la production du savoir et l’innovation. Ainsi, cela a des implica- tions et des conséquences dans les pays en voie de développement et dans les « marchés émergents ». Ces derniers peuvent voir se développer l’espoir que les améliorations dans le domaine du savoir et de l’innovation s’accom- pagnent d’un processus de démocratisation (ce qui n’est pas nécessairement le cas dans la pratique). La démocratie joue comme un levier de dévelop- pement d’heureux hasards (happy accidents) qui, dans le domaine de la pro- duction de savoir et de l’innovation se transforment et se traduisent par des opportunités et des bénéfices pour la société et la population. Peut-il y avoir alors un « capitalisme démocratique » et quelles tentatives de réalisation peuvent être abordées et essayées ? (Carayannis, Kaloudis, 2010)

INNOVATION, PRODUCTION DE SAVOIR, DÉMOCRATIE ET GOUVERNANCE

Les définitions, les notions et les concepts liés à l’innovation diffèrent les uns des autres. L’innovation peut être synonyme de « changement », mais elle peut aussi signifier « amélioration » ou « progrès ». S’appuyant sur une approche plus moderne, l’innovation est « axée sur le savoir, voire, la connaissance » ou elle est « promue par le savoir, voire, la connaissance ». Comment est-il possible d’engendrer du changement, de l’amélioration, du progrès ou des réformes qui exploitent, utilisent et appliquent le savoir ? La production ou bien la création de savoir sont souvent associées à la recherche (R&D) ; en ce sens, le terme « innovation » représente l’idée d’utiliser le savoir pour des buts économiques (économie), sociaux (société) et poli- tiques (démocratie). À cet égard, l’innovation et les systèmes d’innovation ouverts et relativement en phase avec les exigences sociétales se fondent sur une base de savoir ou s’appuient sur la production de savoir.

Bengt-Åke Lundvall a paraphrasé Boulding (1985) on déclarant qu’un système peut être le contraire du chaos. D’une façon plus détaillée Lundvall (1992, p. 2) a précisé : « Somewhat more specifically, a system is constituted by a number of elements and by the relationships between these elements ». Selon Kuhlmann (2001, p. 955), un système est défini comme suit : « As a system we understand a conglomeration of actors, institutions and processes all function- ally bound together, whereby certain characteristic core functions of each form the demarcation criteria against other societal (sub)systems ». Le processus définis- sant un système se caractérise par deux aspects : Les éléments du système et la logique du système. La définition suivante du système peut être proposée :

« 1. Elements: systems consist of elements (parts); 2. Self-Rationale: systems have a mode of operation, a self-rationale (logic, self-logic), which organizes the self-organization and reproduction of a system and the relationship between the ele- ments within a system and, furthermore, the relationship between the system and the other systems » (Carayannis, Campbell, Rehman, 2016, p. 4 ; Campbell 2001, p. 426).

Selon la théorie de l’innovation, les réseaux et les clusters sont impor- tants. Les innovation networks (réseaux d’innovation) et les knowledge clusters (clusters du savoir) (Carayannis, Campbell, 2006) ont introduit des nou- velles perspectives. Les réseaux réaffirment l’importance des interdépen- dances transfrontalières ainsi que des interdépendances dans les formats interdisciplinaires, transdisciplinaires et trans-sectoriels. Le concept des sys- tèmes sectoriels de l’innovation (Malerba, 1999, 2002, 2004) est associé à l’idée de clusters et de réseaux. Les villes intelligentes et les villes fondées sur le savoir servent aussi comme exemple aux knowledge clusters. D’où la nécessité de lier les réseaux et les clusters avec des systèmes (et la théorie des systèmes), afin d’obtenir des réseaux des réseaux d’innovation et des clusters du savoir  : « One way to look at this, is: clusters could be interpreted as an equivalent for the elements of a system; and networks as a (partial) equivalent for the rela- tionship between the elements of one or of several systems. Networks may repre- sent a specific, but crucial, subset of relations, relationships. Through networking the clusters/elements of a system (of different systems) relate and interact (and communicate) » (Carayannis, Campbell, Rehman, 2016, p. 8). Si un système fait partie d’un système plus large, le système sera qualifié de cluster ou d’élé- ment d’un méta-système plus large.

De plus, il est possible d’évaluer les éléments ou les clusters dans un sys- tème quant à leur qualité en tant que sous-système (ou microsystème). Ce sont clairement des caractéristiques fractales qui se trouvent dans les struc- tures et dans les processus.

L’approche d’un système à plusieurs niveaux – une approche spatiale – est fondée sur l’idée de niveaux différents, comme par exemple des niveaux à l’échelle globale, supranationale, nationale, régionale et locale. Le système national est au cœur de cette approche. Bengt-Åke Lundvall (1992, p. 2) propose la définition suivante des systèmes d’innovation nationaux : « It follows that a system of innovation is constituted by elements and relationships which interact in the production, diffusion and use of new, and economically use- ful, knowledge and that a national system encompasses elements and relation- ships, either located within or rooted inside the borders of a nation state … it is obvious that the national system of innovation is a social system. A central activity in the system of innovation is learning, and learning is a social activity, which involves interaction between people ». À cet effet, Lundvall (1992, p. 4) décrit les Etats-nations de l’Occident comme des « engines of growth » (moteurs de croissance). De la même façon, Richard R. Nelson (1990, p. 193) perçoit le capitalisme comme un « engine of progress » (moteur de progrès). En dépit de cette concentration sur le niveau national, Lundvall a explicitement pris en considération le niveau global et même les niveaux régionaux et les diverses dimensions de l’innovation. « Both globalisation and regionalisation might be interpreted as processes which weaken the coherence and importance of national systems » (Lundvall, 1992, p. 3). On pourrait en conclure que Lundvall avait d’emblée placé son idée d’un système national d’innovation dans une archi- tecture à plusieurs échelles. S’appuyant sur cette notion, il est impossible d’aborder le niveau national sans prendre en compte le niveau global ainsi que les niveaux (sub-nationaux) régionaux et locaux.

D’après Lundvall, le niveau national compte. Stefan Kuhlmann a recours aux mêmes arguments. On pourrait en déduire qu’il suggère la possibilité d’une coévolution entre les systèmes politiques et les systèmes d’innova- tion. « Interwoven national and transnational governance mechanisms may feed the development of a transnational political system, including and building upon transformed national systems, fulfilling both ‘local’ (i.e. regional or national) and “supra-local” functions at the same time » (Kuhlmann, 2001, p. 956). D’après Kuhlmann (2001, p. 954), le niveau national d’un système d’innovation est compatible avec les approches en termes de systèmes régionaux d’innova- tion  : « In the meantime, national and increasingly also regional governments of all these countries pursue, more or less explicitly, ‘innovation policies’, understood here as the integral of all state initiatives regarding science, education, research, technology policy and industrial modernization, overlapping also with industrial, environmental, labour and social policies ».

À cet égard, il y a une dynamique de coévolution omniprésente entre les systèmes d’innovation (à plusieurs niveaux) et les systèmes politiques (à plusieurs niveaux). Une démocratie peut être perçue comme un système qui se rapporte aux quatre dimensions conceptuelles suivantes : liberté, égalité, contrôle et développement durable. « In theoretical and conceptual terms, we refer to a Quadruple-Dimensional structure, also a Quadruple Helix structure (a ‘Model of Quadruple Helix Structures’) of the four basic (conceptual) dimen- sions of freedom, equality, control, and sustainable development for explaining and comparing democracy and quality of democracy » (Campbell, Carayannis, Rehman, 2015, p. 467). « There is a potential that democracy discourses and innovation discourses advance in a next-step and two-way mutual cross-reference. The architectures of Quadruple Helix (and Quintuple Helix) innovation systems demand and require the formation of a democracy, implicating that quality of democracy provides for a support and encouragement of innovation and innova- tion systems, so that quality of democracy and progress of innovation mutually ‘Cross-Helix’ in a connecting and amplifying mode and manner. This relates research on quality of democracy to research on innovation (innovation systems) and the knowledge economy » (Campbell, Carayannis, Rehman, 2015, p. 468). Adoptant une interprétation plus restreinte de la démocratie, cette dernière sera limitée au système politique « démocratique ». Selon une interprétation plus large de la démocratie, celle-ci comprend les institutions démocratiques ainsi que le contexte socio-politique dans lequel elles s’inscrivent. Par ail- leurs, le pluralisme, l’hétérogénéité et la diversité sont des parties intégrantes d’une démocratie.

Cela ne veut pas dire que les systèmes politiques autoritaires (ou semi- autoritaires) ne peuvent pas développer des systèmes nationaux d’innova- tion. Plutôt, les systèmes politiques autoritaires (ou semi-autoritaires) ne se retrouvent pas dans une position leur permettant d’avancer (ou de transfor- mer) un système d’innovation national afin qu’il soit plus ouvert et relati- vement en phase avec les exigences sociétales. Cela vaut, notamment, pour la Russie et la Chine ; reste à voir comment ces pays évolueront dans les années à venir.

Le concept de gouvernance peut être défini comme un processus d’organi- sation ou d’auto-organisation de systèmes différents, comme par exemple le système politique, le système économique ou les systèmes d’innovation. La gouvernance utilise des stratégies et des politiques dans la théorie comme dans la pratique.

L’ÉVOLUTION CONCEPTUELLE DES SYSTÈMES D’INNOVATION : L’INCORPORATION DU MODE 3 DE LA PRODUCTION DE SAVOIR DANS

LES SYSTÈMES D’INNOVATION FONDÉS SUR LES APPROCHES DE LA QUADRUPLE ET LA QUINTUPLE HÉLICE

Les modèles de la triple hélice, du mode 1 et du mode 2 de la production de savoir

En général, les universités et les établissements d’enseignement supérieur ont trois fonctions principales : l’enseignement et l’éducation, la recherche (recherche et développement expérimental, R&D) ainsi que ce qui est appelé les activités tierces, c’est-à-dire par exemple l’innovation (Campbell, Carayannis, 2013b, p. 5). La question se pose de savoir si, à quel degré et comment les universités d’art diffèrent des autres universités (plus tradition- nelles) sur le plan des sciences. Certes, les universités d’art mettent l’accent sur les arts et, certes, les arts sont différents des sciences. Pourtant, les uni- versités d’art font aussi elles-mêmes fréquemment référence aux sciences. Ainsi, les universités d’art peuvent développer de véritables compétences dans l’enseignement des sciences et dans la conduite de recherches dans ce domaine. L’autre défi majeur des universités d’art est d’entreprendre des « recherches artistiques » (artistic research) et des « innovations basées sur l’art » (arts-based innovation). En faisant cela, les universités d’art et les éta- blissements d’enseignement supérieur sont aussi étroitement liés avec des systèmes d’innovation nationaux et des systèmes d’innovation à plusieurs niveaux. Cela élargit le spectre interdisciplinaire et transdisciplinaire des établissements d’enseignement supérieur. La recherche artistique complète l’enseignement de l’art dans les universités d’art (voir aussi les propositions de Bast, 2013). Des universités d’art et des universités de sciences peuvent s’associer et ces asso- ciations peuvent suggérer de nouvelles structures organisationnelles pour encourager la créativité (Campbell, 2013a).

La recherche universitaire, telle qu’appréhendée dans son interpré- tation traditionnelle et en particulier dans les universités de sciences, se concentre sur la recherche fondamentale, souvent encadrée par une grille de disciplines académiques et sans intérêt spécifique pour une utilisation pratique des connaissances et de l’innovation. Ce modèle de production de connaissance universitaire est appelé le « Mode 1 » de la production de savoir (knowledge production) (Gibbons et al., 1994). Ce Mode 1 est compa- tible avec des modèles linéaires de l’innovation (Vannevar Bush, 1945). Le modèle linéaire d’innovation affirme qu’il y a tout d’abord de la recherche fondamentale dans un environnement universitaire : de façon graduelle, ces études universitaires vont se diffuser dans la société et dans l’économie. C’est ensuite l’économie et les sociétés qui récupèrent les découvertes et avancées principales des études universitaires et les développent davantage pour permettre des applications de ces nouvelles connaissances et générer des innovations. Ce développement se fait dans le but d’aboutir à des succès économiques et commerciaux sur les marchés, en dehors du système de l’en- seignement supérieur. Ce cadre d’innovation linéaire est caractérisé par une relation de cause à effet séquentielle entre recherche fondamentale (produc- tion de savoir) et innovation (application de savoir).

Le Mode 2 met l’accent sur l’application des connaissances et sur la réso- lution de problèmes basée sur le savoir qui intègre et encourage les principes suivants : « production de savoir dans un contexte d’application », « trans- disciplinarité », « hétérogénéité et diversité organisationnelle », « responsa- bilité sociale et réflexivité » et « contrôle de la qualité » (voir aussi Nowotny et al., 2001, 2003, 2006). Dans ce cadre, la priorité est de mettre l’accent sur la production de savoir dans un but pratique. Le Mode 2 décrit et incite à l’utilisation de références claires à l’innovation et aux modèles d’innova- tion. Le modèle linéaire d’innovation a aussi été remis en question par des modèles non-linéaires d’innovation qui tracent des connexions plus directes entre la production du savoir et l’application des connaissances. Dans ces modèles non-linéaires, la recherche fondamentale et l’innovation ne sont pas considérées comme des étapes successives mais comme des étapes paral- lèles et d’importance égale. Le Mode 2 apparaît donc comme compatible avec des modèles d’innovation non-linéaires et leurs ramifications.

Le modèle de la triple hélice qui porte sur le savoir, l’innovation et les relations entre l’université, l’industrie et le gouvernement a été proposé et introduit par Henry Etzkowitz et Loet Leydesdorff (2000, pp. 111-112). Le modèle de la triple hélice s’inscrit dans le débat actuel comme modèle stan- dard de (et pour) l’innovation. Cette approche est basée sur un modèle de production de savoir et d’innovation où trois hélices sont interconnectées et imbriquées les unes dans les autres et créent un système national d’innova- tion. Ces trois hélices représentent les systèmes ou secteurs suivants : l’acadé- mie (les universités), l’industrie (les entreprises) et l’État (le gouvernement).

Lorsque Etzkowitz et Leydesdorff abordent le sujet des relations entre les universités, l’industrie et le gouvernement et des réseaux, ils mettent l’accent sur les « réseaux trilatéraux et les organisations hybrides » où les hélices sont interconnectés les unes aux autres de façon hybride. Selon Etzkowitz et Leydesdorff (2000, p. 118) le modèle triple hélice fournit, en ce qui concerne les structures sociales, un modèle qui décrit le Mode 2 comme une structure historiquement émergente pour la production des connaissances scien- tifiques et explique également sa relation avec le Mode 1 : « [The] Triple Helix overlay provides a model at the level of social structure for the explanation of Mode 2 as an historically emerging structure for the production of scientific knowledge, and its relation to Mode 1 ». Récemment, Leydesdorff (2012) a même introduit le modèle de « n-tuple hélice » (Park, 2014).

Les systèmes d’innovation fondés sur les approches de quadruple et quintuple hélices ainsi que sur le Mode 3 de la production de savoir

Le Mode 1 et le Mode 2 sont des « paradigmes de savoir » (knowledge paradigms) sur lesquels se fonde la production de savoir (et à un certain degré son application aussi) dans les établissements d’enseignement supérieur et les universités. Dans le cadre du Mode 1, le succès et la qualité sont indi- qués par : « academic excellence, which is a comprehensive explanation of the world (and of society) on the basis of ‘basic principles’ or ‘first principles’, as is being judged by knowledge producer communities (academic communities struc- tured according to a disciplinary framed peer review system) ». En revanche, les indicateurs du Mode 2 sont : « problem-solving, which is a useful (efficient, effective) problem-solving for the world (and for society), as is being judged by knowledge producer and knowledge user communities » (Campbell, Carayannis, 2013b, p. 32 ; voir aussi Campbell, Carayannis, 2013c, 2016a).

Une université ou un établissement d’enseignement supérieur de type Mode 3 représenterait un type d’organisation ou un système qui cherche des moyens créatifs pour combiner et intégrer différents principes de production de savoir et d’application (tels que proposés par les Modes 1 et 2) du savoir tout en encourageant la diversité et l’hétérogénéité. Ce type d’organisation engendrerait ainsi un cadre organisationnel créatif et innovant propice à la recherche et à l’innovation. Le Mode 3 promeut donc les « environnements de savoir créatifs » (Hemlin et al., 2004).

Les universités ou les établissements d’enseignement supérieur et les sys- tèmes de type Mode 3 sont prêts à se plonger dans la recherche fondamen- tale dans un contexte d’application (basic research in the context of application) (Campbell, Carayannis, 2013b, p. 34). Cela va de pair avec des qualités d’in- novation non-linéaire. Les décisions de gouvernance ou dans l’éducation supérieure doivent être basées sur une compréhension et une sensibilité par rapport au Mode dans lequel opère l’organisation, soit Mode 1, Mode 2 ou Mode 3. Le concept de « gouvernance épistémique » souligne que les concep- tions de savoir sous-jacentes à la production de savoir et à l’application du savoir sont abordées avec des stratégies, des politiques et des mesures qui assurent la qualité et l’amélioration continuelle de la qualité (Campbell, Carayannis, 2013b, 2013c).

La compétitivité et la supériorité d’un système de connaissance ou le degré de développement d’un système de connaissance sont particulièrement déterminés par leur capacité adaptative à allier et intégrer plusieurs modes de savoir et d’innovation par l’intermédiaire de dynamiques d’évolution en commun, de spécialisation en commun et de coopétition (coopération et compétition) en commun du stock et des flux de connaissances (voir Carayannis, Campbell, 2009 ; sur la « coopetition », voir Brandenburger et Nalebuff, 1997). Des analogies sont faites et une évolution en commun est suggérée entre d’une part la diversité et l’hétérogénéité dans les sociétés avancées reposant sur le savoir et d’autre part l’économie du savoir, le plura- lisme politique dans une démocratie (Démocratie du savoir) ainsi que la qua- lité d’une démocratie. La « démocratie du savoir » (Democracy of Knowledge) renvoie à ce chevauchement.

Ainsi : « The Democracy of Knowledge, as a concept and metaphor, highlights and underscores parallel processes between political pluralism in advanced demo- cracy, and knowledge and innovation heterogeneity and diversity in advanced economy and society. Here, we may observe a hybrid overlapping between the knowledge economy, knowledge society and knowledge democracy » (Carayannis, Campbell, 2012, p. 55). Par conséquent, l’idée de la « Démocratie du savoir » va plus loin que celui de la « République de la science » (Polanyi, 1962).

La démocratie peut être définie comme un système fondé sur les principes suivants : liberté, égalité, contrôle et développement durable (Campbell, Carayannis, Rehman, 2015). Nous avons suggéré une coévolution entre les systèmes politiques et les systèmes d’innovation. Suivant ce raisonnement, les systèmes d’innovation que l’on trouve dans des systèmes démocratiques diffèrent de ceux que l’on trouve dans des systèmes non-démocratiques. Si on s’attend même à une coévolution de l’économie de savoir et de la démocra- tie de savoir, cela signifie que les systèmes d’innovation plus développés ne peuvent exister que dans un contexte démocratique (Carayannis, Campbell, 2014). Les économies et les sociétés du savoir plus avancées sont fondées sur un pluralisme de savoir et d’innovation. Dans les démocraties avancées, cette condition est remplie par l’existence d’un pluralisme politique.

Le modèle de la triple hélice met l’accent sur les relations entre les uni- versités, l’industrie et le gouvernement (Etzkowitz, Leydesdorff, 2000). À cet égard, il est un modèle de base ou de fond qui explique la production de savoir et l’application de l’innovation. Les modèles de systèmes d’innova- tion basés sur la quadruple et la quintuple hélice sont conçus de telle façon qu’ils comprennent déjà et font référence à une complexité étendue de la production de savoir et de l’application des connaissances (innovation). L’architecture analytique de ces modèles est donc conceptualisée de façon plus large. Nous pouvons ainsi dire de façon métaphorique que la quadruple hélice intègre et met en situation la triple hélice tandis que la quintuple hélice intègre et met en situation la quadruple hélice (et la triple hélice). La quadruple hélice ajoute comme quatrième hélice « des citoyens influen- cés par les médias et la culture » (media-based and culture-based public), la « société civile » (civil society), ainsi que « l’art, la recherche artistique et l’innovation basée sur l’art » (arts, artistic research and arts-based innovation). Le modèle d’innovation quadruple hélice peut être vu comme un modèle qui intègre la dimension de la démocratie ou le contexte de la démocratie afin de promou- voir le savoir, la production du savoir et l’innovation (Carayannis, Campbell, 2009, 2012, p. 14 ; Carayannis, Pirzadeh, 2014 ; Campbell, Carayannis, 2016b ; voir aussi Bast, Carayannis, Campbell, 2015 ; Danilda et al., 2009 ; Eigelsreiter, 2018 ; Hemlin et al., 2014 ; Mitterlehner, 2014).

Dans ce contexte, l’introduction des arts à deux implications : (1) Les arts représentent une source de créativité qualifiée comme stimulus clé afin d’engendrer l’innovation. (2) Les diverses disciplines des arts étendent les disciplines traditionnelles représentées par les sciences, les sciences sociales et les humanités. Par conséquent, elles promeuvent une interprétation plus vaste et des formats d’interdisciplinarité et de transdisciplinarité variés et innovateurs.

Le modèle d’innovation de la quintuple hélice est plus complet en ce qui concerne son étendue analytique et explicative ainsi que sa concep- tion en ajoutant la cinquième hélice qu’est « l’environnement naturel de la société » (natural environments of society) (Carayannis, Campbell, 2010, p. 62) (voir les figures 1 et 2).

La triple hélice est explicite dans la reconnaissance de l’importance de l’enseignement supérieur pour ce qui concerne l’innovation. Cependant, on pourrait considérer le fait que la triple hélice voit la production de savoir et l’innovation en relation directe avec l’économie, et donc que la triple hélice prend en compte principalement l’économie et l’activité économique. En ce sens, la triple hélice encadre l’économie du savoir. La quadruple hélice apporte une nouvelle perspective qu’est celle de la société et de la démo- cratie. Le système d’innovation basé sur la quadruple hélice souligne le fait qu’un développement durable de l’économie et dans l’économie (l’économie du savoir) nécessite qu’il y ait une évolution en commun à la fois de l’éco- nomie du savoir, de la société du savoir et de la Démocratie du savoir. La quadruple hélice stimule même les perspectives de la société du savoir et de la démocratie du savoir pour soutenir, renforcer et faire avancer la production de connaissances (la recherche) et l’application des connaissances. De plus, la quadruple hélice est explicite sur le fait que non seulement les universités (ou autre établissements d’enseignement supérieur) scientifiques mais aussi les universités d’art doivent être vues comme des institutions décisives et déterminantes dans l’avancée vers de nouveaux systèmes d’innovation : l’in- terdisciplinarité et la transdisciplinarité que permet l’alliance des arts et des sciences créent un mélange essentiel et créatif pour encourager et renforcer l’innovation. C’est à ce niveau que se trouvent les clés pour le succès futur. Le concept d’« écologie sociale » (social ecology) fait référence aux interac- tions entre la société et la nature (society-nature interactions), c’est-à-dire entre la « société humaine » et le « monde matériel » (voir, p. ex., Fischer- Kowalski, Haberl, 2007). La Commission Européenne (2009) a identifié la nécessité de la transition socio-écologique de l’économie et de la société comme l’un des plus grands défis à venir. Elle reconnaît également que c’est une opportunité pour le progrès futur et pour l’avancée de l’économie du savoir et de la société du savoir. La quintuple hélice fait référence à cette transition socio-écologique de la société, de l’économie et de la démocratie. C’est la raison pour laquelle le système d’innovation de la quintuple hélice est sensible à l’écologie.

La quintuple hélice base sa conception de la production de savoir et de l’application du savoir sur l’écologie sociale (voir figure 3). Les problèmes environnementaux (tel que le réchauffement global) représentent des sujets de préoccupations et des enjeux de survie pour l’humanité et la civilisation humaine. La quintuple hélice voit cependant les problèmes environnemen- taux et écologiques comme des nouvelles opportunités en les identifiant comme des vecteurs possibles de production de savoir futur et d’innovation (Carayannis, Barth, Campbell, 2012). Enfin, la définition des opportuni- tés qu’apporte l’économie du savoir est la suivante : « The Quintuple Helix supports here the formation of a win-win situation between ecology, knowledge and innovation, creating synergies between economy, society and democracy » (Carayannis, Barth, Campbell, 2012, p. 1).



Figure 1 – Les systèmes d’innovation quadruple et quintuple hélice

Direction of flow of time


First Helix:

Academia /

Second Helix: Industry /

Third Helix: State /

Fourth Helix:

Media-based and

Fifth Helix:

Natural environment, natural environments

of society and economy / social ecology, society nature interactions, socio-ecological transition.


universities Universities (higher

business

Also: creativity economy and

government culture-based public; civil society; arts, artistic reseach and arts-based innovation / culture and innovation


education institutions)

creative industries.

culture, knowledge of culture and culture of knowledge, values and life styles,


of the sciences and of the arts.

multi-culturalism and creativity, media, arts and arts universities, multi-level innovation systems

with universities of the sciences and arts.

Triple Helix: University-industry-government relations (helices). Quadruple Helix, ‘Media-based and culture-based public’, ‘civil society’ and Fourth Helix: ‘arts, artistic research and arts-based innovation’ (helix).

Quintuple Helix: Natural envrionment, natural environments Fifth Helix: of society and economy (helix).

Source : Conceptualisation par les auteurs basée sur Etzkowitz et Leydesdorff (2000, p. 112), Carayannis et Campbell (2009, p. 207; 2012, p. 14; 2013) et Danilda et al. (2009).



Figure 2 – Le système d’innovation de la quintuple hélice (modèle comprenant cinq hélices)

Natural environment, natural environments of society and economy (knowledge society and knowledge economy)

Media-based

and culture-based public; civil society; arts, artistic research

and arts-based innovation.

State, government, political system


Academia, universities, higher education system

Industry, firms, economic system

Source : Conceptualisation par les auteurs basée sur Carayannis et Campbell (2010, p. 62; 2013).


Figure 3 – Les systèmes d’innovation quadruple et quintuple hélice en relation avec la société, l’économie, la démocratie et l’écologie sociale

Quintuple Helix

(context of [natural] environments of society)

Quadruple Helix

(context of society for Triple Helix)

Triple Helix

(basic model of the

innovation core)

knowledge economy (core)

knowledge society and knowledge democracy (context); arts, artistic research and arts-based innovation (context)

social ecology, society-nature interactions, socio-ecological transition (context of context)

Source : Conceptualisation par les auteurs basée sur Carayannis, Barth et Campbell (2012, p. 4) et Carayannis et Campbell (2013).

CONCLUSION

Les termes et modèles du Mode 3 de la production de savoir (Mode 3 knowledge production) et les systèmes d’innovation de quadruple hélice (Quadruple Helix innovation systems) ont été introduits dans le débat acadé- mique par Carayannis et Campbell (2006, 2009). Ensuite, ils ont été amélio- rés et perfectionnés (Carayannis, Campbell, 2012). Il en va de même pour la quintuple hélice (Carayannis, Campbell, 2010). Dès le départ, les « citoyens influencés par les médias et la culture » (media-based and culture-based public) ainsi que les universités et les autres établissements d’enseignement supé- rieurs d’art étaient considérés comme des atouts et des composants impor- tants des systèmes d’innovation basés soit sur la quadruple hélice soit sur la quintuple hélice. Cela implique que les arts sont essentiels pour le progrès et l’évolution des systèmes d’innovation (voir encore une fois les figures 1 et 2). Dans notre analyse ici, nous avons développé les systèmes d’innovation de quadruple et de quintuple hélice de façon plus spécifique en ce qui concerne et en faveur des arts, de la recherche artistique et des innovations basées sur l’art (arts, artistic research and arts-based innovation). Nous avons démontré le dynamisme et la flexibilité de la quadruple hélice et de la quintuple hélice pour répondre concep- tuellement et pour intégrer l’art et les arts.

Quels sont les défis auxquels devront faire face les systèmes d’innovation dans l’avenir ? Quels sont les sujets qui devraient être abordés en termes de conception, évolution de conception, et gouvernance de (et dans les) sys- tèmes d’innovation ? D’une manière plus générale, les autres répercussions du Mode 3 de la production de savoir dans les systèmes d’innovation de quadruple ou de quintuple hélice (Quadruple and Quintuple Helix Innovation Systems) sont :

1. Des systèmes d’innovation à multiple niveau, le niveau mondial et le niveau local (dénommé GloCal) : Lundvall était l’initiateur principal du concept de « système national d’innovation » (1992, p. 1, 3). Il recon- naît explicitement que les systèmes nationaux d’innovation sont remis en question en permanence (mais sont aussi complémentaires) par les systèmes régionaux et mondiaux d’innovation. Il paraît opportun de paraphraser Kuhlmann (2001, pp. 960-961) et son assertion qu’il était plausible d’utiliser le concept des systèmes nationaux d’innovation au moins aussi longtemps que les États nationaux et les systèmes politiques basés sur les États nationaux existent. Le concept de « système d’innova- tion à niveaux multiples » est plus exhaustif dans son architecture d’ana- lyse que le système national d’innovation (Carayannis, Campbell, 2012, pp. 32-35). Suivant une interprétation spatiale, on peut dire que les sys- tèmes d’innovation à niveaux multiples comparent le niveau national avec le niveau sub-national (régional, local), mais aussi le niveau trans- national avec le niveau mondial (voir, p. ex., Kaiser, Prange, 2004 ; par ailleurs, voir aussi Pfeffer, 2012 ; Merz, Sormani, 2016). Il est toutefois important de ne pas réduire les systèmes d’innovation à niveaux mul- tiples à une dimension spatiale mais d’élargir ces derniers aux défis et aux bénéfices potentiels d’une dimension non spatiale, c’est-à-dire une modélisation ou une cartographie : « Therefore, multi-level systems of knowledge as well as multi-level systems of innovation are based on spatial and non-spatial axes. A further advantage of this multi-level systems architecture is that it results in a more accurate and closer-to-reality description of processes of globalization and GloCalization » (Carayannis, Campbell, 2012, p. 35).

2. L’innovation linéaire et non-linéaire : L’innovation est face au défi et a un intérêt à combiner et intégrer l’innovation linéaire et non-linéaire. La solution consiste à rejoindre et connecter la diversité, l’hétérogénéité et le pluralisme de modes de savoir et d’innovation différents dans une archi- tecture de réseaux qui co-évoluent. Les entreprises ainsi que les universi- tés et d’autres organisations peuvent y participer (en même temps) indé- pendamment des cycles de vie de technologies multiples et variés et à des niveaux de maturité différents. Une autre façon de voir l’innovation non- linéaire est sous l’angle d’emploi croisé (network-style cross-employment) (Campbell, 2011 ; Campbell, 2013b). L’emploi d’une personne par deux (ou plusieurs) organisations en même temps où une organisation pourrait être plus imbriquée dans la production de savoir et l’autre plus imbriquée dans son application (innovation) est au cœur du modèle de l’emploi croisé qui est une forme ou type d’emploi multiple : Si ces organisations opèrent dans des secteurs différents, l’emploi croisé devient une forme de réseau- tage trans-sectoriel (Campbell, Carayannis, 2013b, p. 65, 68). Un emploi croisé des deux méthodes peut permettre de faire des ponts entre des secteurs variés et les disciplines scientifiques d’une part et les différentes disciplines artis- tiques d’autre part. Il en résulte un « écosystème d’innovation de Mode 3 » :

« This parallel as well as sequentially time-lagged unfolding of technology life cycles also expresses characteristics of Mode 2 and of nonlinear innovation, because organizations (firms and universities) often must develop strategies of simultaneously cross-linking different technology life cycles. Universities and firms (commercial and academic firms) must balance the nontriviality of a fluid pluralism of technology life cycles » (Carayannis, Campbell, 2012, p. 37 ; par ailleurs, voir aussi Dubina, Carayannis, Campbell, 2012). En termes d’attributs, la notion de firme académique (academic firm) (Campbell, Carayannis, 2016b) peut être comparée celle de firme réseau (network firm) (Laperche, Uzunidis, 2018). La relation au sein des réseaux, appe- lée « la coopération et la compétition » (ou coopétition) représente un challenge et un enjeu sensible qui autorise des réponses créatives et diffé- rentes en ce qui concerne la représentation et la forme organisationnelle.

3. Twenty-first century Fractal Research, Education and Innovation Ecosystem (FREIE) : La notion de FREIE est la suivante : « This is a mul- tilayered, multimodal, multinodal, and multilateral system, encompassing mutually complementary and reinforcing innovation networks and knowledge clusters consisting of human and intellectual capital, shaped by social capital and underpinned by financial capital » (Carayannis, Campbell, 2012, p. 3).

4. L’innovation linéaire et non-linéaire et les relations effets-cause (si-alors, « if-then ») et « si-si » (« if-if ») : Le chevauchement hybride de l’innova- tion linéaire et non-linéaire démontre les ramifications potentielles et per- met l’association aux modèles de causalité et leur re-modélisation : « We can speculate, whether this parallel integration of linearity and nonlinearity not also encourages a new approach of paralleling in our theorizing and viewing of causality : in epistemic (epistemological) terms, the so-called if-then relationships could be complemented by (a thinking in) ‘if-if’ relations » (Carayannis, Campbell, 2012, p. 24 ; voir aussi Campbell, 2009, p. 123).

5. La quadruple hélice est axée sur l’humain. Alors que pour le modèle de la triple hélice, l’existence d’une démocratie n’est pas (en soi) nécessaire pour la production de connaissance et pour l’innovation, la quadruple hélice est plus explicite à ce sujet. La manière dont la quadruple hélice est pensée, conçue et imaginée montre clairement qu’il ne peut y avoir de système d’innovation basé sur la quadruple hélice sans démocratie ou un environnement démocratique. Les attributs et éléments suivants définissent la quatrième hélice de la quadruple hélice : « des citoyens influencés par les médias et la culture », la « société civile » ainsi que « l’art, la recherche artistique et l’innovation basée sur l’art ». Ainsi, la quatrième hélice de la quadruple hélice représente la perspective d’une « dimension démocratique » ou « d’un contexte démocratique » pour le savoir, la production du savoir et l’innovation. Ceci est particulièrement vrai quand le concept de démocratie est compris dans un sens plus large que celui d’être simplement enraciné ou essentiellement basé sur des institutions gouvernementales (inclus dans la triple hélice). La société civile, des citoyens influencés par la culture, la qualité de la démocratie et le développement durable démontrent de façon convaincante quels sont les fondements et les exigences pour conceptualiser la démocratie dans un sens plus large (Campbell, Carayannis, 2013a). 2 Le pluralisme politique

2. Contrairement à cette ligne de réflexion, les autocraties ne sont favorables à une société libre et susceptible à se développer. Tout au contraire, les autocraties cherchent à supprimer le développement d’une société civile indépendante. dans une démocratie se développe en parallèle avec le pluralisme, la diversité et l’hétérogénéité à la fois du savoir, des méthodes de production du savoir et de l’innovation (sur la Démocratie du savoir, Democracy of Knowledge, voir Carayannis et Campbell, 2009 ; 2012, p. 55). Nous supposons ici une congruence de structures et de procédés dans la démocratie et dans les systèmes de création des innovations. La quintuple hélice élargit le concept de la quadruple hélice en y ajoutant les aspects liés à « l’environnement natu- rel de la société et de l’économie », à « l’écologie sociale », et la « transi- tion socio-écologique ». Ainsi les questions environnementales peuvent être bien mieux abordées et traitées dans une démocratie que dans un système politique non démocratique. Le monde actuel fait face à une course dans les domaines de la production du savoir et de l’innovation avec d’un côté des démocraties en voie de développement et de l’autre côté des régimes auto- ritaires émergents.

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