Joannes Caton
Joannès Caton (1849–1914)
Communard déporté, instituteur en Nouvelle-Calédonie, précurseur de l’ethnologie populaire
Joannès Caton, né en 1849 à Saint-Étienne, est une figure singulière de l’histoire sociale et intellectuelle française. Communard stéphanois condamné à la déportation à vie après l’insurrection de 1871, il est envoyé en Nouvelle-Calédonie où il exerce les fonctions d’instituteur à l’île des Pins. Son journal, tenu entre 1873 et 1879, constitue un témoignage exceptionnel sur la vie des déportés, les paysages calédoniens, les relations sociales et les pratiques quotidiennes des Kanaks.
Caton n’est pas un ethnologue institutionnel. Pourtant, par la qualité de son observation, la précision de ses descriptions et la posture d’attention qu’il adopte, il produit une véritable ethnologie populaire : une ethnologie du vécu, non académique, fondée sur l’expérience directe et l’écriture du quotidien.
1. Biographie synthétique
1.1 Origines
- Né en 1849 à Saint-Étienne.
- Issu d’un milieu ouvrier du textile.
- Engagé dans la Commune de Saint-Étienne (1871).
1.2 Déportation
- Condamné à la déportation à vie.
- Transféré en Nouvelle-Calédonie en 1873.
- Affecté à l’île des Pins.
- Exerce les fonctions de maître d’école auprès d’enfants kanaks.
1.3 Retour et fin de vie
- Amnistié en 1879.
- Retour en métropole.
- Décès en 1914.
2. L’instituteur déporté : un observateur du quotidien
Joannès Caton occupe une position unique : celle d’un instituteur déporté dans un espace colonial. Cette position lui donne un point de vue situé, ni celui du colon, ni celui du savant, ni celui du militaire.
Il observe :
- les paysages,
- les plantes et les animaux,
- les pratiques de subsistance,
- les relations entre déportés,
- les interactions avec les Kanaks,
- les effets de la colonisation naissante.
Son journal témoigne d’une attention au détail qui anticipe les méthodes de l’ethnographie du XXᵉ siècle.
3. Une ethnologie populaire
3.1 Définition
L’ethnologie populaire désigne une ethnologie non académique, produite par des acteurs ordinaires, attentive aux pratiques quotidiennes et fondée sur l’expérience vécue.
3.2 Caton comme précurseur
Caton en est un exemple remarquable :
- écriture du vécu,
- observation participante (par nécessité),
- description des gestes,
- attention aux relations sociales,
- sensibilité écologique,
- absence de posture coloniale.
3.3 Importance scientifique
Son journal constitue une source précieuse pour :
- l’histoire de la Commune,
- l’histoire de la déportation,
- l’histoire de la Nouvelle-Calédonie,
- l’histoire de l’ethnographie.
4. Version courte (conférence)
Joannès Caton : un instituteur déporté, précurseur de l’ethnologie populaire
Joannès Caton (1849–1914), communard stéphanois déporté en Nouvelle-Calédonie de 1873 à 1879, occupe une place singulière dans l’histoire des savoirs populaires. Condamné à la déportation à vie pour sa participation à la Commune de Saint-Étienne, il est affecté à l’île des Pins où il exerce les fonctions de maître d’école.
Cette position lui donne un point de vue unique : celui d’un homme en exil, attentif aux pratiques quotidiennes, aux paysages, aux langues et aux formes de vie locales. Son Journal d’un déporté décrit les déportés, les Kanaks, la nature environnante, les plantes, les animaux et les interactions sociales avec une précision quasi ethnographique.
Sans intention scientifique, Caton produit une véritable ethnologie populaire : une ethnologie du vécu, fondée sur l’observation quotidienne et la description des gestes et des relations sociales.
5. Version longue (chapitre)
Joannès Caton (1849–1914) : un instituteur déporté et un précurseur de l’ethnologie populaire
Introduction
La figure de Joannès Caton mérite une attention particulière dans l’histoire des savoirs populaires. Son parcours, marqué par l’engagement politique, l’exil forcé et l’exercice de l’enseignement dans un contexte colonial, a produit un corpus d’observations qui constituent un apport remarquable à l’ethnologie populaire.
1. De la Commune à la déportation
Caton participe activement à la Commune de Saint-Étienne en 1871. Arrêté, jugé et condamné à la déportation à vie, il est transféré en Nouvelle-Calédonie en 1873. À l’île des Pins, il exerce les fonctions de maître d’école, ce qui lui donne un statut social et une proximité avec les enfants kanaks.
2. L’écriture d’un instituteur déporté
Son journal décrit :
- les paysages,
- les plantes,
- les animaux,
- les déportés,
- les relations sociales,
- les interactions avec les Kanaks.
Il adopte une posture proto-ethnographique :
- attention au détail,
- sensibilité écologique,
- observation des relations sociales,
- absence de posture coloniale.
3. Une ethnologie populaire
Caton produit une ethnologie du vécu :
- écriture incarnée,
- observation participante,
- description des pratiques quotidiennes,
- ethnographie de l’exil,
- ethnographie de la rencontre coloniale.
Conclusion
Caton n’était pas un ethnologue institutionnel. Il était un instituteur déporté, un observateur attentif. Son journal constitue un document ethnographique majeur, non par intention, mais par qualité d’observation.
6. Version narrative (ouvrage)
Joannès Caton : le communard qui a appris aux enfants kanaks à lire
Ton arrière-grand-père n’était pas un savant. Il n’était pas un colon. Il n’était pas un militaire. Il était un instituteur déporté, un communard qui avait osé rêver d’une ville libre à Saint-Étienne.
Quand il arrive en Nouvelle-Calédonie, il découvre un monde qu’il n’a jamais imaginé : des îles, des forêts, des enfants qui rient, des plantes inconnues, des oiseaux qu’il n’a jamais vus.
On lui confie une petite école. Quelques enfants kanaks viennent y apprendre à lire. Il leur apprend les lettres, mais eux lui apprennent le monde.
Il note tout. Il écrit tout. Il observe tout.
Sans le savoir, il invente une ethnologie du quotidien : une science de l’attention, de la rencontre, de la curiosité.
7. Importance pour la lignée familiale
- Première figure de l’ethnologie populaire dans la lignée.
- Source historique majeure.
- Matrice du techotium (attention, observation, écriture du vécu).
- Fondement de la transmission familiale.
8. Sources
- Journal d’un déporté (1873–1879).
- Archives de la Commune de Saint-Étienne.
- Témoignages de déportés (Louise Michel, Henri Rochefort).
- Travaux associatifs (Amis de la Commune).