Immatériel

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Co-noèse

(n.f., terme forgé par J.-F. Morfin)

Du grec co- (ensemble) et noèsis (acte de penser, Husserl). Néologisme sans précédent dans la littérature philosophique connue.

Définition

Acte de penser partagé constituant une unité irréductible à la somme des noèses individuelles qui le composent. La co-noèse n'est pas la simultanéité de plusieurs pensées visant le même objet, mais l'émergence d'un acte intentionnel conjugué dont le corrélat — le co-noème — n'existe que dans et par l'interpénétration des cosmos propres aux différentes parties engagées ou impliquées. Conjugué et non commun : l'acte co-noétique n'efface pas les cosmos dans une fusion indistincte, il maintient la distinction de chaque ordre relationnel tout en les unissant dans un acte unique — comme la conjugaison verbale exprime l'acte dans sa personne sans le dissoudre.

On distingue à cet égard deux régimes de participation à la co-noèse :

  • celui des parties engagées, qui exercent une maîtrise réflexive du processus et savent qu'elles savent savoir ensemble — relevant du phénomène trisapiensique (cf. infra)
  • et celui des parties simplement impliquées, qui participent à l'interpénétration des cosmos sans en avoir la maîtrise réflexive : réseaux, algorithmes, environnements, entités non-humaines.

La co-noèse n'est donc pas réservée aux seuls acteurs volontaires et conscients de leur participation — elle s'étend à tout ce qui, par son cosmos propre, entre en interpénétration effective avec d'autres.

Position par rapport à Husserl

Husserl a décrit avec précision la noèse individuelle comme acte de la conscience visant son objet. Il a esquissé une intersubjectivité, mais sans formaliser le passage de « plusieurs noèses parallèles » à « un acte noétique commun ». La co-noèse nomme précisément ce seuil — en le déplaçant du plan subjectif des consciences au plan ontologique de l'interpénétration des cosmos.

Rapport à l'anométrie

L'interpénétration des cosmos propres aux parties engagées ou impliquées est rendue possible par leur anométrie réciproque : aucun cosmos n'impose sa métrique à l'autre. C'est précisément cette suspension mutuelle de toute prétention métrique qui permet à l'acte co-noétique de s'établir entre cosmos de natures distinctes — humains, non-humains, réseaux, environnements — sans réduction de l'un à l'autre. Les connexions ainsi établies peuvent dès lors s'opérer indépendamment de la contiguïté dans l'espace ou de la simultanéité dans le temps, conférant à la co-noèse une portée proprement uniréelle, embrassant les dimensions matérielles et immatérielles de l'unisphère.

Introduction à l'intellitique

L'intellitique — science des liens de toutes natures — trouve dans la co-noèse l'un de ses mécanismes phénoménologiques fondamentaux. C'est par elle que le sapiens sapiens — qui se découvre actuellement trisapiens en ce qu'il sait, qu'il sait qu'il sait, qu'il sait savoir ensemble — exerce effectivement cette capacité émergente. La co-noèse est ainsi la condition de possibilité de la colligence : l'ordre néguentropique ne peut émerger du réseau (diktyologie du complexe) que si les actes de pensée qui le traversent peuvent se constituer en co-noèse, c'est-à-dire en actes véritablement conjugués et non simplement agrégés.

Corrélation cosmos / Patrimoines Culturels Immatériels (PCI)

Des cosmos intellectuels ou culturels au sens de l'intellitique — ordres propres des relations constitutives de chaque entité — trouvent leur corrélation juridique dans la notion de Patrimoines Culturels Immatériels (PCI) telle que définie par la Convention UNESCO du 17 octobre 2003. De même que les objets relèvent du domaine matériel commun, les cosmos relèvent du domaine immatériel que la Convention reconnaît, sans les réduire.

L'article 2 de la Convention définit des PCI comme des pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire — ainsi que les espaces culturels qui leur sont associés — que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leurs patrimoines culturels. La mention explicite des espaces culturels associés correspond précisément à la structure de cosmos : des ordres relationnels vivants, récréés en permanence, procurant identité et continuité à chaque entité qui les porte.

La reconnaissance de PCI est un acte primaire des acteurs eux-mêmes, non une concession étatique. Le rapport OSMOSE précise à cet égard que les États sont eux-mêmes des communautés ayant développé leurs propres mécanismes de reconnaissance, en parallèle — et non en surplomb — de ceux de la société civile (communautés), du secteur commercial (groupes) et de la sphère citoyenne (individus). La Convention ouvre ainsi un espace à quatre niveaux de reconnaissance parallèles et non hiérarchisés.

Cette structure est elle-même anométrique : aucun niveau n'impose sa métrique aux autres. Elle confirme que la corrélation entre cosmos culturels et PCI est totale sur le contenu comme sur le régime de reconnaissance — les cosmos étant les réalités ontologiques préjuridiques que la Convention reconnaît sans les réduire.

Voir aussi

Auteur

Concept forgé par J.-F. Morfin dans le cadre du laboratoire citoyen MontpeLLIA.fr.

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