Exposome
L'exposome : un concept au croisement du droit et des technologies numériques
L’exposome désigne l’ensemble des expositions environnementales (air, bruit, alimentation, stress, produits chimiques...) qu’un individu subit tout au long de sa vie, de la conception à la mort. Contrairement au génome, qui est fixe, l’exposome est dynamique et unique à chaque personne. Pour une métropole, le comprendre et le mesurer est un levier d’action pour améliorer la santé de ses habitants.
Qu’en dit le droit ?
La France est l’un des premiers pays à avoir inscrit l’exposome dans la loi. Depuis la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 (dite « loi Touraine »), l’exposome est reconnu comme un concept d’intérêt pour la politique nationale de santé. Cette reconnaissance légale permet de financer des recherches, d’orienter les plans de santé publique et de créer des obligations d’information pour les collectivités. Elle n’offre pas encore de « droit à connaître son exposome » individuel, mais elle impose aux pouvoirs publics de mieux prendre en compte les cumuls d’expositions dans les décisions d’urbanisme, de transport ou d’environnement.
Quels outils technologiques pour le mesurer ?
La technologie est au cœur de la recherche sur l’exposome. Aucun capteur unique ne peut tout mesurer, mais plusieurs outils se combinent aujourd’hui :
- Des capteurs environnementaux (stations de mesure de la qualité de l’air, sonomètres, compteurs de particules) installés par les métropoles ou via des dispositifs participatifs.
- La biosurveillance : analyses d’échantillons biologiques (sang, urines, cheveux) réalisées dans le cadre d’études de cohorte pour détecter des traces de polluants.
- L’intelligence artificielle : elle croise des millions de données (météo, trafic, cadastre, données de santé anonymisées) pour modéliser les expositions sur une carte, prédire les zones à risque et simuler l’impact d’une politique (par exemple : planter des arbres, créer une zone à faibles émissions).
- Des plateformes cartographiques ouvertes comme « Tous exposés » ou les applications mobiles d’information en temps réel.
Pour une métropole, ces technologies permettent de passer d’une approche « un polluant = une règle » à une approche intégrée, où l’on visualise les cumuls de nuisances et les inégalités environnementales. L’enjeu est d’utiliser ces données pour décider, avec les citoyens, des actions les plus efficaces : végétalisation, mobilités douces, rénovation des bâtiments, limitation des sources de pollution...
(Pour aller plus loin, consultez les sections suivantes : comment obtenir son exposome, les usages pour le diagnostic et pour les municipalités, et les bénéfices pour une métropole.)
Comment puis-je obtenir mon exposome en tant que Français ?
Il n'existe actuellement aucun test commercial ou médical capable de fournir votre "exposome" complet. Le concept d'exposome étant encore émergent, sa mesure individuelle reste un défi scientifique majeur.
Cependant, cela ne signifie pas qu'il est impossible d'explorer votre environnement. Vous pouvez agir concrètement pour mieux comprendre et réduire vos expositions personnelles en fonction de votre situation et de vos objectifs.
Voici les principales pistes, qui diffèrent selon que vous êtes un particulier, un patient ou un professionnel.
Si vous êtes un particulier : surveiller votre environnement
Pour une personne sans exposition spécifique, l'objectif principal est de surveiller la qualité de son environnement de vie. Plusieurs outils officiels et gratuits existent pour vous aider.
| Outil / Source | Ce qu'il mesure / propose | Comment y accéder |
|---|---|---|
| Recosanté | Informations locales sur la qualité de l'air, les pollens, le radon et les UV. | Site du ministère de la Santé |
| Airparif (Île-de-France) | Indice de qualité de l'air en temps réel et concentrations de polluants (NO2, O3, PM10, PM2.5). | Application mobile Airparif |
| Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur (OQEI) | Informations sur la qualité de l'air dans votre logement. | Site du CSTB |
| Plateforme "Tous exposés" | Cartes interactives pour visualiser, par code postal, l'exposition aux pesticides dans l'air, l'eau et l'alimentation. | Site internet de la plateforme "Tous exposés" |
Ces outils vous permettent de prendre conscience des risques environnementaux de votre quotidien et d'adopter des comportements plus protecteurs pour votre santé.
Si vous avez des questions médicales : consulter votre médecin
Si vous avez des symptômes ou des préoccupations spécifiques liées à une exposition particulière (par exemple, à un métal lourd ou à un pesticide), votre médecin traitant est votre premier interlocuteur.
- Le cadre de l'EBIEE : La Haute Autorité de Santé (HAS) a élaboré une recommandation de bonne pratique pour l'Évaluation Biométrologique des Expositions Individuelles aux Agents Chimiques de l'Environnement (EBIEE). C'est un outil prometteur, mais il est actuellement réservé à un usage médical encadré, en cas de suspicion légitime de surexposition.
- L'avis des experts : Des médecins soulignent que les tests de biosurveillance (dosage de polluants dans les urines ou le sang) ne sont pas conçus comme des outils de diagnostic individuel. Une mesure d'exposition ne prédit pas à elle seule le développement d'une maladie.
Si vous êtes un professionnel de santé ou chercheur : collaborer avec la recherche
Si vous êtes un professionnel de santé ou un chercheur, vous pouvez collaborer avec l'infrastructure de recherche France Exposome. C'est une plateforme nationale qui offre un accès à des plateaux techniques de pointe et à un accompagnement scientifique pour des projets de recherche spécifiques.
L'accès à ces outils n'est pas ouvert au grand public, mais il est possible pour les structures médicales ou académiques de soumettre un projet.
Pourquoi votre exposome n'est pas encore mesurable
L'absence de test commercial s'explique par plusieurs raisons fondamentales :
- C'est un défi scientifique colossal : Mesurer l'exposome, c'est tenter de quantifier l'ensemble des expositions d'une vie. C'est une tâche bien plus complexe que de séquencer un génome, car l'exposome est dynamique, multidimensionnel et unique à chaque individu.
- C'est un outil de santé publique, pas un test personnel : Le concept d'exposome est principalement utilisé dans les études de cohorte (comme la cohorte nationale FILOMENE qui suit 100 000 enfants de la naissance à l'âge adulte). Ces études visent à comprendre les déterminants de la santé à l'échelle des populations, pas à établir un diagnostic individuel.
Je comprends que l'exposome est soit d'intérêt pour l'aide au diagnostic soit pour les municipalités pour comprendre les expositions de leurs territoires et l'inclure dans le corpus de leur IA
Votre compréhension est très juste. L'exposome se situe en effet à la croisée de deux démarches complémentaires : l'une tournée vers l'individu et l'aide au diagnostic, l'autre vers les territoires et l'action publique. Ces deux voies sont explorées en parallèle, avec des temporalités et des objectifs différents, mais l'ambition de toutes deux est d'utiliser l'intelligence artificielle pour faire émerger des connaissances nouvelles.
L'exposome pour le diagnostic médical individuel
L'idée de l'exposome pour le diagnostic individuel est de passer d'une approche "générale" (par exemple, "la pollution augmente les risques de cancer") à une approche "personnalisée" (pouvoir dire "les expositions spécifiques de ce patient expliquent sa maladie").
- L'objectif à terme : le développement de diagnostics et traitements véritablement personnalisés. L'enjeu est de pouvoir un jour, grâce à la caractérisation de l'exposome d'un patient, identifier les facteurs environnementaux à l'origine de sa pathologie et adapter sa prise en charge en conséquence.
- L'état actuel des applications cliniques : cet objectif reste un horizon de recherche, mais les premiers jalons sont posés. En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) a élaboré une recommandation de bonne pratique pour l'Évaluation Biométrologique des Expositions Individuelles aux Agents Chimiques de l'Environnement (EBIEE). Cet outil médical permet, dans un cadre clinique très précis et pour des expositions spécifiques (métaux lourds, pesticides...), de mesurer des biomarqueurs dans le sang ou les urines.
L'exposome pour l'analyse territoriale et l'action publique
L'approche territoriale de l'exposome est, à ce stade, plus développée et concrète. L'objectif est de passer d'une connaissance individuelle à une compréhension collective pour agir à l'échelle d'une ville, d'un quartier ou d'une région.
- Cartographier les expositions pour mieux agir : De nombreux travaux visent à cartographier l'exposome à l'échelle d'un territoire. L'ambition est de produire des atlas des expositions pour visualiser les zones où les habitants sont le plus exposés à des nuisances (pollution de l'air, bruit, pesticides...). Le projet européen iChemAtlas, coordonné par l'infrastructure de recherche France Exposome, vise par exemple à cartographier l'exposome chimique interne des populations.
- L'IA au service de l'aide à la décision publique : C'est sur ce volet que l'utilisation de l'intelligence artificielle est la plus tangible aujourd'hui. Des travaux de recherche, comme le projet CANEXPOVAL en région Centre-Val de Loire, utilisent l'IA pour croiser des données de santé (incidence des cancers), environnementales (pollution, qualité des sols) et socio-démographiques.
Limites et perspectives
Malgré son potentiel, la généralisation de l'exposome se heurte à des défis majeurs. Sa mesure complète pour un individu reste hors de portée. C'est pourquoi son application à grande échelle est aujourd'hui principalement statistique et populationnelle. L'ambition scientifique est de parvenir à une médecine de précision, mais pour l'heure, c'est la santé publique qui bénéficie le plus directement des avancées sur l'exposome.
Je considère le cas d'une métropole et ce que l'exposome et sa recherche pourrait lui apporter ?
Pour une métropole, la recherche sur l'exposome constitue un levier stratégique puissant pour passer d'une approche réactive à une politique de santé environnementale proactive, prospective et personnalisée à son territoire. Les bénéfices potentiels pour une grande agglomération sont nombreux et couvrent plusieurs domaines d'action publique.
Cartographier pour mieux comprendre les cumuls d'exposition
Le premier apport est la capacité à cartographier finement l'empreinte environnementale du territoire. Cela dépasse la simple mesure de la pollution atmosphérique, en intégrant une multitude de facteurs :
- Multi-expositions : Au lieu de cartes séparées pour la pollution, le bruit ou les îlots de chaleur, l'exposome permet de créer une carte composite qui révèle les zones de "multi-exposition".
- Dynamique temporelle : Les cartes deviennent plus dynamiques, montrant comment les expositions varient au fil du temps.
- Identification des "points noirs" environnementaux : L'objectif est de localiser les secteurs où l'environnement est le plus dégradé pour la santé, permettant de prioriser les actions.
Par exemple, le projet européen iChemAtlas, coordonné par France Exposome, vise précisément à cartographier l'exposome chimique interne des populations à grande échelle.
Transformer la planification urbaine
C'est le bénéfice le plus opérationnel. En intégrant l'exposome, l'urbanisme devient "favorable à la santé". Les projets d'aménagement (ZAC, écoquartiers, infrastructures de transport) ne sont plus évalués uniquement sur leurs impacts environnementaux classiques (bruit, pollution), mais sur leur capacité à réduire ou aggraver les expositions. Un projet comme URBANOME vise à institutionnaliser cette pratique dans les politiques urbaines d'ici 2030.
Lutter contre les inégalités environnementales
La cartographie de l'exposome est un outil puissant pour révéler et combattre les injustices environnementales. Elle peut démontrer, cartes à l'appui, que les populations les plus défavorisées sont souvent concentrées dans les zones les plus polluées. Ce diagnostic territorial précis devient une base solide pour :
- Justifier des politiques de discrimination positive (ZFE plus ambitieuses, ceintures vertes dans les quartiers populaires, rénovation énergétique ciblée).
- Orienter les aides à la rénovation vers les zones où l'habitat est le plus dégradé.
Co-construire avec les citoyens
L'approche par l'exposome offre une excellente base pour une démarche participative et transversale. Par exemple, des "corps de ville" (analogues aux "corps de ferme") pourraient être créés pour impliquer les habitants dans la mesure de leur propre environnement, avec des capteurs mobiles. Des plateformes de visualisation de données pourraient être enrichies pour que les habitants signalent des nuisances.
Améliorer l'action publique grâce à l'IA
Le volume et la complexité des données de l'exposome nécessitent l'usage de l'IA pour :
- Modéliser des scénarios : "Que se passerait-il si nous plantions 10 000 arbres dans ce quartier ?" ou "Si nous augmentions la fréquence des bus dans cette zone ?".
- Aider à la décision : En synthétisant des données hétérogènes (sanitaires, environnementales, sociales, démographiques), l'IA fournit aux élus un tableau de bord prédictif pour les aider à prioriser leurs actions.
Des exemples concrets de métropoles qui s'y mettent
Ces approches ne sont plus théoriques. Plusieurs grandes agglomérations françaises et européennes sont déjà des laboratoires vivants sur l'exposome :
- Métropole du Grand Paris : Projet Paris UrbanEX (cohorte CONSTANCES), travail de l'APUR sur les ZFE.
- Métropole de Lyon : Impliquée dans des recherches sur l'accessibilité aux espaces verts et silencieux, projet URBANOME.
- Métropole Européenne de Lille (MEL) : Citée dans des travaux sur l'injustice sociale et l'exposome.
- Bordeaux Métropole : Accueil du premier colloque international sur les inégalités sociales et l'exposome (Inserm).
- Rennes Métropole : Siège de l'infrastructure de recherche nationale France Exposome, hub national.
- Métropole de Montpellier : Mobilisant plus de 350 chercheurs et 100 structures de recherche, ExposUM se positionne comme un acteur-clé dans la réponse aux grands défis de santé publique et environnementale.
En conclusion, pour une métropole, investir dans la recherche sur l'exposome, c'est s'outiller pour devenir un territoire "intelligent" et prédictif en matière de santé publique. Cela permet de passer d'une logique de constat à une logique d'action ciblée, pour améliorer concrètement le cadre de vie et réduire les inégalités de santé de ses habitants.