C. remarques
Cette orientation permet de dépasser la simple comparaison entre deux intelligences : elle introduit un troisième système cognitif, constitué par leur couplage. La co-noèse ne serait plus seulement une coopération entre deux agents déjà constitués, mais l’émergence d’une organisation cognitive composite.
Deux nuances consolideraient néanmoins la proposition :
L’être humain ne pense pas exclusivement de manière linéaire : sa cognition est aussi associative, analogique, corporelle et sociale. En revanche, sa pensée explicite, discursive et communicable tend souvent à être séquentielle. L’IA n’a pas été développée sous une finalité historique unique. On peut toutefois soutenir que l’augmentation des capacités humaines constitue l’une de ses orientations fondamentales et que l’IA générative rend aujourd’hui possible un couplage cognitif particulièrement étroit.
Votre notion de perduction de la complexité pourrait alors désigner le processus par lequel une personne fait parcourir, explorer et reconfigurer par l’IA un espace relationnel trop vaste pour son traitement discursif immédiat, puis réintègre les résultats dans son propre cheminement.
Le mouvement serait le suivant :
L’humain formule une question ou une finalité selon un parcours principalement séquentiel. L’IA explore ou configure un champ de relations multiples. L’humain évalue, interprète et réoriente les configurations proposées. Les itérations font émerger un contexte cognitif partagé. Ce contexte produit des connaissances qui ne procèdent entièrement ni de l’humain ni de l’IA considérés séparément.
La thèse pourrait ainsi être prolongée :
La co-noèse humain-machine constitue un système cognitif émergent issu du couplage récursif entre l’intelligence naturelle et l’intelligence artificielle. La pensée humaine explicite, souvent organisée selon des parcours séquentiels, peut déléguer à l’IA une partie de la perduction de la complexité, entendue comme l’exploration, la mise en relation et la reconfiguration d’un champ diktyologique excédant ses capacités immédiates de traitement. L’humain conserve une fonction déterminante dans la formulation des finalités, l’interprétation des résultats et l’évaluation de leur pertinence, tandis que l’IA contribue à étendre l’espace des relations accessibles. De leurs interactions successives émerge un troisième système, dont le contexte, les opérations et les productions cognitives ne sont réductibles ni à l’un ni à l’autre pris isolément.
Cependant, il serait prudent de ne pas figer la répartition ainsi :
humain=syllogique,IA=diktyologique
Les deux partenaires disposent, à des degrés et selon des modalités différents, des deux régimes. Leur différence paraît davantage résider dans leurs contraintes de parcours :
l’humain doit souvent linéariser la complexité pour la penser explicitement et la communiquer ; l’IA peut calculer ou reconstruire un grand nombre de relations, mais doit également linéariser sa réponse ; la co-noèse procède par circulation répétée entre configuration maillée et explicitation séquentielle.
Le troisième système pourrait donc être caractérisé non par la simple addition de deux capacités, mais par une boucle syllo-diktyologique : l’humain et l’IA transforment alternativement des parcours linéaires en configurations maillées, puis ces configurations en nouveaux parcours intelligibles. C’est cette récursivité, davantage que la seule augmentation quantitative, qui pourrait constituer le propre de la co-noèse.