Perduction : relation à la pensée complexe

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La perduction est un quatrième mode d'inférence, complémentaire de la déduction, l'induction et l'abduction.

Il s'agit du prolongement d’une trame relationnelle et de la transmission contextuelle du sens qui peut être considéré comme un composant essentiel et souvent négligé de la pensée complexe.

Arguments pour considérer la perduction comme clé de la pensée complexe

  • La pensée complexe est processuelle et contextuelle. Elle ne se réduit pas à l'application de règles (déduction), à des généralisations (induction) ou à des hypothèses ponctuelles (abduction). Elle exige de suivre des fils narratifs, de s'inscrire dans une mémoire commune et des relations locales – exactement ce que fait la perduction (cf. l'enquêteur de proximité).
  • Elle intègre la dimension temporelle et relationnelle. Les problèmes complexes (en éthique, gestion, éducation) ne se résolvent pas par un seul acte logique. Ils nécessitent de prolonger une réflexion dans la durée, de transmettre et de transformer du sens collectivement. La perduction, notamment dans sa version pédagogique par les récits (Hélène Coudrier), modélise cette logique du devenir.
  • Elle complète les trois autres modes. La pensée complexe est souvent définie comme la capacité à articuler différents registres de logique sans les réduire à un seul. Si vous ne disposez que de déduction, induction et abduction, il vous manque une opératrice de continuité et de transmission mémorielle. La perduction remplit ce vide.

Relation à la raison

  • La pensée complexe est un système intégré. Elle mobilise tous les modes d'inférence en interaction. La perduction ne saurait être sa seule cause, car sans hypothèse (abduction) ou sans règle (déduction), le prolongement serait aveugle.
  • La perduction n'est pas une « raison » première ou causale. Elle décrit plutôt un processus ou un mode opératoire de la pensée en situation. C'est le « comment » de certaines pensées complexes (contextuelles, évolutives), pas le « pourquoi » ultime de leur émergence, de leur cosmos.

Conclusion

L'on peut qualifier la perduction comme une raison structurante et une composante nécessaire de la pensée complexe, particulièrement pour tout ce qui touche à la continuité du sens, à la mémoire partagée et à la résolution de problèmes ancrés dans une durée relationnelle.

En revanche, en faire la seule raison reviendrait à tomber dans un réductionnisme inverse, alors que la pensée complexe est par essence multi-logique : la perduction est le mode d'inférence qui rend compte de la dimension processuelle et relationnelle de la pensée complexe, trop souvent absente des trois autres.

Il s'agit, au point de vue de la recherche, d'un angle mort de la théorie classique de l'inférence : celui de l'intellitique en tant que discipline des liens actifs et latents, incitée par Hélène Coudrier et en réponse à l'augmentation intellectuelle de Doug Engelbart.