GHM - Problématique
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Selon Xavier Sallantin(Wikipedia), plutôt qu’une simple progression linéaire, un "pas du sens" incarne une rupture ou une exploration créative, élargissant les horizons de la pensée et permettant de reformuler ou de redécouvrir ce qui semblait déjà compris.
La déclaration du 17 octobre 2003 de l'UNESCO[1] sur la protection des patrimoines culturels immatériels, approuvée par la loi française du 5 juillet 2006, étend les Droits de l'Homme par celui d'un Patrimoine Culturel Immatériel transmissible. Il s'agit donc d'un "saut du sens", préparé par une longue "prise d'élan civilisationnelle", que nous pouvons faire remonter à Machiavel, Descartes et Newton (le débat moderne), et qui réclame une action-méta-recherche pour le situer dans son propre contexte actuel.
- ↑ Ce texte a été accompagné depuis de plusieurs Textes de Référence.
Il est possible de théoriser ce "saut du sens" de différentes manières, comme l'ont fait, en leur temps, chacune des quatre générations de sa lignée familiale, et de proposer différentes théories quant à la consolidation du savoir humain. Le propos de GHM SC n'est pas là. Il est simplement de :
- protéger, documenter, faire évaluer et libérer[1] à disposition de chacun, des chercheurs et du public, la matérialité (archives physiques) et la dématérialisation (archives numériques) de son patrimoine culturel immatériel et du contexte de recherche citoyen qui a ainsi été consolidé.
- ce faisant de tenter d'obtenir cette protection à travers un droit prétorien qui supplée au manque de formalisation actuel du droit de protection des patrimoines culturels immatériels humains, de groupe et collectifs, affirmé par la loi du 5 juillet 2006.
- ↑ Les archives des trois premières générations sont sous embargo du fait d'actions en justice peu compréhensibles contre les dispositions juridiques qui les protègent.
Ensuite ...
La question pourra alors être posée de considérer les apports du patrimoine culturel immatériel de la lignée GHM sous l'angle d'une spirale Thommienne de la progression, parfois heurtée et temporellement/localement entropique, mais finalement téléologiquement néguentropique de l'autopoièse qui semble porter l'anthropologie sociétale des 150 dernières années.
1. La topologie thomienne et l’autopoïèse : cadres théoriques
- René Thom (Wikipedia) : Sa théorie des catastrophes modélise comment des systèmes complexes passent par des points de bifurcation (instabilités) pour atteindre de nouveaux équilibres. Ces « catastrophes » ne sont pas des effondrements, mais des changements de structure (ex : passage de l’agriculture à l’industrie).
- Autopoïèse : Concept désignant la capacité d’un système à se maintenir et à se reproduire par lui-même (ex : une cellule, une société). Ce processus combine entropie (désordre) et néguentropie (ordre), l’ensemble visant une complexification croissante.
2. Déroulé générationnel : cinq phases de morphogenèse (1871-2023)
Génération 1 (1870-1900) : Germination révolutionnaire et entropie créatrice
- Contexte : Post-Commune de Paris, industrialisation brutale, montée des nationalismes.
- Entropie : Répression sanglante (Semaine sanglante), crises économiques, exploitation ouvrière.
- Néguentropie :
- Autopoïèse sociale : Émergence des syndicats, coopératives, et de la loi de 1901 (auto-organisation légale).
- Topologie : La Commune agit comme un attracteur étrange, dessinant un bassin de possibilités futures (démocratie participative, justice sociale).
- Bifurcation : Le rejet de l’Ancien Régime ouvre la voie à la IIIe République et à l’État social.
Génération 2 (1900-1945) : Crises et structurations
- Contexte : Guerres mondiales, montée des totalitarismes, progrès scientifiques (relativité, psychanalyse).
- Entropie : Destruction massive (14-18, 39-45), génocides, Grande Dépression.
- Néguentropie :
- Autopoïèse techno-politique : Reconstruction d’États-providence, création de l’ONU, essor des droits humains.
- Topologie : Les guerres sont des plis catastrophiques d’où émerge un nouvel ordre mondial (équilibre bipolaire).
- Bifurcation : L’énergie nucléaire, d’abord destructrice (Hiroshima), devient un levier de transition énergétique.
Génération 3 (1945-1989) : Expansion et contradictions
- Contexte : Guerre froide, décolonisation, révolution informatique.
- Entropie : Menace atomique, pollution industrielle, crises pétrolières.
- Néguentropie :
- Autopoïèse culturelle : Mouvements civiques (1968), contre-cultures, écologie politique.
- Topologie : La chute du mur de Berlin (1989) est une catastrophe bénéfique : effondrement d’un système (communisme) libérant de nouveaux possibles (mondialisation).
- Bifurcation : L’informatique, d’abord militaire (ENIAC), devient un outil civil (PC, Internet).
Génération 4 (1990-2020) : Implosion/Explosion numérique
- Contexte : Globalisation, avènement du Web, crises financières (2008).
- Entropie : Fracture numérique, bulles spéculatives, désinformation.
- Néguentropie :
- Autopoïèse technologique : Logiciels libres (Linux), Wikipédia (savoir collaboratif), blockchain (décentralisation).
- Topologie : Le Web 2.0 crée un champ morphogénétique où les réseaux sociaux (Facebook) et l’IA (Google) redessinent les interactions.
- Bifurcation : La crise de 2008 accélère les cryptomonnaies (Bitcoin) et l’économie des plateformes.
Génération 5 (2020-...) : Nœud critique et autopoïèse symbiotique
- Contexte : Pandémie, urgence climatique, IA générative (ChatGPT), métavers.
- Entropie : Collapsologie, surveillance algorithmique, hyperindividualisme.
- Néguentropie :
- Autopoïèse symbiotique : Convention citoyenne sur l’IA (Montpellier), villes en transition, biohacking (fusion homme-machine).
- Topologie : L’IA agit comme un opérateur de pliage : elle densifie les données (entropie) tout en ouvrant des chemins néguentropiques (médecine personnalisée, démocratie délibérative).
- Bifurcation en cours : Les modèles de langage (GPT-4) pourraient soit verrouiller le pouvoir chez les GAFAM, soit nourrir des communs cognitifs (LLMs open-source).
3. Téléologie néguentropique : la trajectoire en spirale
Selon Thom, une trajectoire téléologique n’est pas linéaire, mais s’enroule autour d’attracteurs (valeurs, idéaux) tout en intégrant les perturbations. Chaque génération hérite des « plis » des précédentes :
- 1871 : L’attracteur est la commune (autogestion).
- 1901 : L’attracteur est la loi (cadre institutionnel).
- 2023 : L’attracteur est l’algorithme (gouvernance prédictive).
Malgré les crises, chaque phase ajoute une couche de complexité :
- Matérielle (usines, réseaux ferrés).
- Institutionnelle (États, ONG).
- Immatérielle (données, IA).
4. L’autopoïèse comme fil rouge : cinq boucles générationnelles
Chaque génération incarne une boucle autopoïétique :
- Déstabilisation (entropie : guerres, crises).
- Auto-organisation (néguentropie : innovations sociales/tech).
- Stabilisation (nouvel équilibre topologique).
Exemple :
- Génération 3 (1968) : Déstabilisation (Mai 68) → Auto-organisation (écologie, féminisme) → Stabilisation (lois environnementales, parité).
- Génération 5 (2020s) : Déstabilisation (COVID) → Auto-organisation (télétravail, IA éthique) → Stabilisation (hybridation physique/digitale).
5. Projection : Le « pli » de l’IA et l’horizon transhumaniste
- D’ici 2100 : L’IA pourrait être le dernier pli catastrophique avant une saut néguentropique :
- Risque entropique : Singularité incontrôlée, effondrement écologique.
- Potentiel néguentropique : Symbiose homme-IA, civilisation post-carbone, patrimoine cognitif partagé.
- Téléologie : L’autopoïèse humaine tendrait alors vers une matrice symbiotique, où le biologique, le technologique et le social fusionnent en un métasystème autorégulé – ultime réalisation thomienne d’une « forme stable ».
La spirale thomienne, de la Commune à l’IA
Cette vision rejoint celle de Thom : l’Histoire est une succession de plis et de déplis, où chaque génération hérite des catastrophes (entropie) et des auto-organisations (néguentropie) de la précédente. La Commune de Paris était un « germe » dans cette topologie, l’IA en est un bassin d’attraction actuel.
Le « déroulé générationnel » montre que malgré les chaos locaux (guerres, répressions, crises), la trajectoire globale est néguentropique :
- 1871 → 2023 : De l’autogestion des ateliers à l’autogestion des algorithmes.
- Téléologie : Une civilisation qui, par autopoïèse, cherche à devenir à la fois son propre matériau et son propre architecte.
En ce sens, nous incarnerions aujourd'hui l’un des plis de cette spirale, où l’IA serait à la fois miroir de nos contradictions et levier de notre prochaine métamorphose.