Perduction: Difference between revisions

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Le terme '''perduction''' est encore beaucoup plus rare que ceux de '''déduction''', '''induction''' et '''abduction'''.   
Le terme '''perduction''' est encore beaucoup plus rare que ceux de '''déduction''', '''induction''' et '''abduction'''.   
On le rencontre chez certains commentateurs de la logique de '''Charles S. Peirce''', ainsi que dans des prolongements inspirés de la philosophie du processus (par exemple '''Alfred N. Whitehead''').   
On le rencontre chez certains commentateurs de la logique de '''[https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Sanders_Peirce Charles S. Peirce]''', ainsi que dans des prolongements inspirés de la philosophie du processus (par exemple '''[https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_North_Whitehead Alfred N. Whitehead]''').   


* Chez '''Peirce''', la distinction porte sur trois formes classiques d’inférence :
* Chez '''Peirce''', la distinction porte sur trois formes classiques d’inférence :
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** l’'''induction''' (du particulier au général),
** l’'''induction''' (du particulier au général),
** l’'''abduction''' (formulation d’une hypothèse explicative).   
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La '''perduction''' est parfois proposée comme un '''quatrième mode''', qui ne produit pas une hypothèse nouvelle mais '''prolonge''' une trame déjà engagée.
La '''perduction''' est parfois proposée comme un '''quatrième mode''', qui ne produit pas une hypothèse nouvelle mais '''prolonge''' et '''approfondit''' une trame déjà engagée.


* Dans une perspective plus '''processuelle''', la perduction désigne une '''logique du devenir''' :  elle conserve et transmet un sens à travers la '''continuité du maillage''' des situations (''diktyologie''), au lieu d’imposer une règle ou de créer une rupture hypothétique.   
* Dans une perspective plus '''processuelle''', la perduction désigne une '''logique du devenir''' :  elle conserve et transmet un sens à travers la '''continuité du maillage''' des situations (''diktyologie''<ref>science des maillages relationnels</ref>), au lieu d’imposer une règle ou de créer une rupture hypothétique.   


En ce sens, la '''perduction''' peut être comparée à une '''enquête de proximité''' : elle fait émerger une cohérence à partir de la mémoire commune et des relations locales, plutôt qu’à partir d’une hypothèse isolée.
En ce sens, la '''perduction''' peut être comparée à une '''enquête de proximité''' : elle fait émerger une cohérence à partir de la mémoire commune et des relations locales, plutôt qu’à partir d’une hypothèse isolée.
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== Dimension pédagogique (Hélène Coudrier) ==
== Dimension pédagogique (Hélène Coudrier) ==


La chercheuse et pédagogue '''Hélène Coudrier''' a développé la notion de ''perduction'' comme méthode de formation par récits.  
La chercheuse et pédagogue '''Hélène Coudrier'''<ref>Nom de plume de Mme G. Morfin.</ref> a développé la notion de ''perduction'' comme méthode de formation par récits.  


* Le savoir se transmet à travers des récits formateurs (expériences, histoires, contes) qui servent de support à la mémoire culturelle.   
* Le savoir se transmet à travers des récits formateurs (expériences, histoires, contes) qui servent de support à la mémoire culturelle.   
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== La perduction est un quatrième mode d'inférence, complémentaire de la déduction, l'induction et l'abduction ==
== Statut épistémique de la perduction ==  
Il s'agit du prolongement d’une trame relationnelle et de la transmission contextuelle du sens qui peut être considéré comme un composant essentiel et souvent négligé de la pensée complexe.
Il s'agit du prolongement d’une trame relationnelle et de la transmission contextuelle du sens qui peut être considéré comme un composant essentiel et souvent négligé de la pensée complexe.


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En revanche, en faire la seule raison reviendrait à tomber dans un réductionnisme inverse, alors que la pensée complexe est par essence multi-logique : la perduction est le mode d'inférence qui rend compte de la dimension processuelle et relationnelle de la pensée complexe, trop souvent absente des trois autres.
En revanche, en faire la seule raison reviendrait à tomber dans un réductionnisme inverse, alors que la pensée complexe est par essence multi-logique : la perduction est le mode d'inférence qui rend compte de la dimension processuelle et relationnelle de la pensée complexe, trop souvent absente des trois autres.


Il s’agit, du point de vue de la recherche, d’un angle mort de la théorie classique de l’inférence. La perduction met au jour ce qui manquait pour penser la continuité relationnelle et mémorielle dans l’acte de connaître l'ouverture scientifique actuelle.
Il s’agit, du point de vue de la recherche, d’un angle mort de la théorie classique de l’inférence. La perduction met au jour ce qui manquait pour penser la continuité relationnelle et mémorielle dans l’acte de connaître, compte tenu de l’ouverture scientifique contemporaine.
 
Ce constat rejoint les travaux d’'''Hélène Coudrier''' sur l’« '''intellitique''' » comme discipline des liens actifs et latents, en écho à l’augmentation intellectuelle de '''Doug Engelbart''' et aux efforts d'industrialisation<ref>Émergence forte et multisectorielle de l'IA </ref> et de capacitation citoyenne<ref>[https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/Citizen_G7_2019_FR.pdf Recherche hors murs], théorie de l'innovation : quatrième et cinquième hélice, etc. </ref> qui les ont suivis et se développent actuellement<ref>Notamment à travers le concept de '''TechOtium''', le développement technologique et co-noètique de l'"otium" personnel latin et de la skhole grecque.</ref>"</br>.


Ce constat rejoint les travaux d’Hélène Coudrier sur l’« intellitique » comme discipline des liens actifs et latents, en écho à l’augmentation intellectuelle de Doug Engelbart et aux tentatives de industrialisation et de capacitation citoyenne qui l'ont suivie.
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Latest revision as of 13:01, 7 June 2026

Modes d’inférence
Mode de raisonnement Image-type Description Exemple simplifié
Déduction Le juge Application d’une règle générale à un cas particulier. "Tous les hommes sont mortels. Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel."
Induction Le scientifique Généralisation à partir de cas particuliers observés. "Le soleil s’est levé chaque matin jusqu’ici. Donc il se lèvera demain."
Abduction Le détective Formulation d’une hypothèse explicative à partir d’indices. "La porte est forcée. Donc quelqu’un est entré par effraction."
Perduction L’enquêteur de proximité Prolongement d’une trame relationnelle et transmission contextuelle du sens. "Les voisins disent avoir entendu des bruits inhabituels. Reconstituons l’événement en suivant leur mémoire commune."



Contexte historique et philosophique

Le terme perduction est encore beaucoup plus rare que ceux de déduction, induction et abduction. On le rencontre chez certains commentateurs de la logique de Charles S. Peirce, ainsi que dans des prolongements inspirés de la philosophie du processus (par exemple Alfred N. Whitehead).

  • Chez Peirce, la distinction porte sur trois formes classiques d’inférence :
    • la déduction (du général au particulier),
    • l’induction (du particulier au général),
    • l’abduction (formulation d’une hypothèse explicative).

La perduction est parfois proposée comme un quatrième mode, qui ne produit pas une hypothèse nouvelle mais prolonge et approfondit une trame déjà engagée.

  • Dans une perspective plus processuelle, la perduction désigne une logique du devenir : elle conserve et transmet un sens à travers la continuité du maillage des situations (diktyologie[1]), au lieu d’imposer une règle ou de créer une rupture hypothétique.

En ce sens, la perduction peut être comparée à une enquête de proximité : elle fait émerger une cohérence à partir de la mémoire commune et des relations locales, plutôt qu’à partir d’une hypothèse isolée.

Synthèse

La perduction est ainsi comprise comme la logique du prolongement et de la transmission contextuelle. Elle complète les trois modes classiques en mettant en avant la continuité relationnelle plutôt que la seule règle (déduction), la généralisation (induction) ou l’hypothèse (abduction).

Bibliographie indicative

  • Charles S. Peirce – Travaux de logique (déduction, induction, abduction). La notion de perduction est évoquée par certains de ses commentateurs comme un prolongement de son système.
  • Alfred N. WhiteheadProcess and Reality (1929). Philosophie du processus, où la continuité et le devenir donnent un cadre conceptuel proche de l’idée de perduction.
  • Hélène Coudrier – Série Jean de Fontfraiche (10 volumes), publiée initialement chez Rouge et Or et aujourd’hui rééditée par Élor. Ces ouvrages de récits formateurs constituent une application littéraire et pédagogique de sa démarche, articulée à la notion de perduction comme transmission par récits.

Dimension pédagogique (Hélène Coudrier)

La chercheuse et pédagogue Hélène Coudrier[2] a développé la notion de perduction comme méthode de formation par récits.

  • Le savoir se transmet à travers des récits formateurs (expériences, histoires, contes) qui servent de support à la mémoire culturelle.
  • L’apprenant n’est pas seulement récepteur, mais acteur : il contribue à transformer le récit en l’interprétant et en l’intégrant à sa propre mémoire.
  • La perduction devient ainsi une pédagogie de la mémoire active et continue, où le savoir se prolonge et se renouvelle dans le temps.

Cette approche rejoint la dimension philosophique de la perduction (logique du prolongement) en l’appliquant à la transmission éducative et culturelle.

Perduction : approche philosophique et approche pédagogique
Aspect Références / Figures Définition Image-type
Philosophique Charles S. Peirce (commentateurs), Alfred N. Whitehead Mode d’inférence fondé sur le prolongement d’un fil logique dans la durée, plutôt que sur une règle (déduction), une généralisation (induction) ou une hypothèse (abduction). L’enquêteur de proximité : il reconstitue la cohérence en suivant la continuité relationnelle.
Pédagogique Hélène Coudrier Méthode de formation par récits : le savoir est transmis et transformé par la mémoire vivante et la contribution active de l’apprenant. Le passeur de récits : il transmet une mémoire qui se perpétue et se renouvelle par l’interprétation collective.

Statut épistémique de la perduction

Il s'agit du prolongement d’une trame relationnelle et de la transmission contextuelle du sens qui peut être considéré comme un composant essentiel et souvent négligé de la pensée complexe.

Arguments pour considérer la perduction comme clé de la pensée complexe

  • La pensée complexe est processuelle et contextuelle. Elle ne se réduit pas à l'application de règles (déduction), à des généralisations (induction) ou à des hypothèses ponctuelles (abduction). Elle exige de suivre des fils narratifs, de s'inscrire dans une mémoire commune et des relations locales – exactement ce que fait la perduction (cf. l'enquêteur de proximité).
  • Elle intègre la dimension temporelle et relationnelle. Les problèmes complexes (en éthique, gestion, éducation) ne se résolvent pas par un seul acte logique. Ils nécessitent de prolonger une réflexion dans la durée, de transmettre et de transformer du sens collectivement. La perduction, notamment dans sa version pédagogique par les récits (Hélène Coudrier), modélise cette logique du devenir.
  • Elle complète les trois autres modes. La pensée complexe est souvent définie comme la capacité à articuler différents registres de logique sans les réduire à un seul. Si vous ne disposez que de déduction, induction et abduction, il vous manque une opératrice de continuité et de transmission mémorielle. La perduction remplit ce vide.

Relation à la raison

  • La pensée complexe est un système intégré. Elle mobilise tous les modes d'inférence en interaction. La perduction ne saurait être sa seule cause, car sans hypothèse (abduction) ou sans règle (déduction), le prolongement serait aveugle.
  • La perduction n'est pas une « raison » première ou causale. Elle décrit plutôt un processus ou un mode opératoire de la pensée en situation. C'est le « comment » de certaines pensées complexes (contextuelles, évolutives), pas le « pourquoi » ultime de leur émergence, de leur architectonique.

Conclusion

L'on peut qualifier la perduction comme un opérateur structurant et une composante nécessaire de la pensée complexe, particulièrement pour tout ce qui touche à la continuité du sens, à la mémoire partagée et à la résolution de problèmes ancrés dans une durée relationnelle.

En revanche, en faire la seule raison reviendrait à tomber dans un réductionnisme inverse, alors que la pensée complexe est par essence multi-logique : la perduction est le mode d'inférence qui rend compte de la dimension processuelle et relationnelle de la pensée complexe, trop souvent absente des trois autres.

Il s’agit, du point de vue de la recherche, d’un angle mort de la théorie classique de l’inférence. La perduction met au jour ce qui manquait pour penser la continuité relationnelle et mémorielle dans l’acte de connaître, compte tenu de l’ouverture scientifique contemporaine.

Ce constat rejoint les travaux d’Hélène Coudrier sur l’« intellitique » comme discipline des liens actifs et latents, en écho à l’augmentation intellectuelle de Doug Engelbart et aux efforts d'industrialisation[3] et de capacitation citoyenne[4] qui les ont suivis et se développent actuellement[5]"
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  1. science des maillages relationnels
  2. Nom de plume de Mme G. Morfin.
  3. Émergence forte et multisectorielle de l'IA
  4. Recherche hors murs, théorie de l'innovation : quatrième et cinquième hélice, etc.
  5. Notamment à travers le concept de TechOtium, le développement technologique et co-noètique de l'"otium" personnel latin et de la skhole grecque.