Léon XIV ne cherche pas à ressusciter une identité passée mais à renouveler le christianisme en France: Difference between revisions
(Created page with "== Léon XIV ne cherche pas à ressusciter une identité passée mais à renouveler le christianisme en France == Pour Mgr Matthieu Rougé, la ferveur suscitée par la visite de Léon XIV révèle une quête de sens qui demeure vive en France. Il voit dans la douceur et la fermeté du pape un appel à témoigner de sa foi sans chercher à l’imposer. '''Monseigneur, certains commencent à parler de papamania, que vous inspire cette formidable ferveur à l’occasion d...") |
No edit summary |
||
| Line 1: | Line 1: | ||
== Léon XIV ne cherche pas à ressusciter une identité passée mais à renouveler le christianisme en France == | == Léon XIV ne cherche pas à ressusciter une identité passée mais à renouveler le christianisme en France == | ||
Pour Mgr Matthieu Rougé, la ferveur suscitée par la visite de Léon XIV révèle une quête de sens qui demeure vive en France. Il voit dans la douceur et la fermeté du pape un appel à témoigner de sa foi sans chercher à l’imposer. | ''Pour Mgr Matthieu Rougé, la ferveur suscitée par la visite de Léon XIV révèle une quête de sens qui demeure vive en France. Il voit dans la douceur et la fermeté du pape un appel à témoigner de sa foi sans chercher à l’imposer. | ||
'''Monseigneur, certains commencent à parler de papamania, que vous inspire cette formidable ferveur à l’occasion de la visite de Léon XIV dans un pays dont toutes les enquêtes montrent qu’il est de plus en plus déchristianisé ? | '''Monseigneur, certains commencent à parler de papamania, que vous inspire cette formidable ferveur à l’occasion de la visite de Léon XIV dans un pays dont toutes les enquêtes montrent qu’il est de plus en plus déchristianisé ? | ||
Latest revision as of 14:07, 28 September 2026
Léon XIV ne cherche pas à ressusciter une identité passée mais à renouveler le christianisme en France
Pour Mgr Matthieu Rougé, la ferveur suscitée par la visite de Léon XIV révèle une quête de sens qui demeure vive en France. Il voit dans la douceur et la fermeté du pape un appel à témoigner de sa foi sans chercher à l’imposer.
Monseigneur, certains commencent à parler de papamania, que vous inspire cette formidable ferveur à l’occasion de la visite de Léon XIV dans un pays dont toutes les enquêtes montrent qu’il est de plus en plus déchristianisé ?
Mgr Matthieu Rougé : Cette première visite apostolique du Pape Léon XIV en France suscite en effet un enthousiasme et une ferveur à l’ampleur inattendue. Il s’agit moins de « papamania » que du bonheur partagé de vivre un moment de profondeur, de lumière et de paix. Quoi qu’il en soit des évolutions sociologiques du christianisme dans notre pays, le cœur de nos contemporains en France demeure habité par une quête de sens que la proposition chrétienne, sa dimension fraternelle et la beauté de sa liturgie parviennent plus souvent qu’on ne pense à rencontrer.
Le Pape s’est exprimé à différentes reprises de l’Elysée à Notre Dame en passant par l’Unesco : on se souvient encore de l’adresse de Jean-Paul II « France, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême », que retiendra-t-on selon vous de ses propos lors de l’étape parisienne de ce voyage ?
Mgr Matthieu Rougé : La célèbre apostrophe de Jean-Paul II en 1980, au sortir des années 60 et 70, années de remises en cause et de déconstructions : « France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? », continue de résonner dans nos cœurs. En un sens, les dix baptêmes de jeunes célébrés par ce même Jean-Paul II près de vint ans plus tard durant la veillée finale des Journées Mondiales de la Jeunesse en 1997 constituait une première réponse à cette interpellation. Cette réponse aujourd’hui se développe dans la croissance significative en nombre et la décroissance en âge des baptêmes d’adultes dans notre pays. Pour que ce mouvement progresse encore le Pape dit aux catholiques de France : « Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez ».
Que retenez-vous plus spécifiquement des échanges entre le Pape et les jeunes Français venus à la veillée du Stade de France ?
Mgr Matthieu Rougé : Aux jeunes, le Pape a lancé un triple appel
- au service de la paix et de la communion,
- à l’approfondissement spirituel par la prière et le silence, « si rare et si nécessaire »
- au discernement dans l’usage des nouvelles technologies.
J’ai également été frappé par son insistance sur la liberté, dont il a souligné qu’elle était particulièrement chère aux Français. La liberté n’est jamais plus authentique que lorsque qu’elle est vécue dans la lumière de la foi : « Celui qui vit avec Dieu est libre : libre de tout ce qui obscurcit la vie et la rend vide et dénuée de sens ».
Très peu de gens connaissaient Robert Francis Prévost lors de son élection, Léon XIV est en passe de démontrer qu’il a le charisme nécessaire pour se transformer en star planétaire comme Jean-Paul II avant lui. Qu’apporte selon vous de spécifique ce Pape-là, et que découvrent en lui ces jours-ci les Français ?
Mgr Matthieu Rougé : Je ne crois pas que le pape aspire à devenir une « star planétaire ». Le monde découvre cependant peu à peu un homme profondément libre dans son service de la paix du Christ, pour reprendre les toutes premières paroles de son pontificat lors de son apparition à la loggia de la basilique Saint-Pierre. Le premier message de Léon XIV, c’est sa manière d’être, la force de sa douceur et la douceur de sa force, qui se manifeste dans son regard, dans le ton de sa voix, dans sa manière d’être toujours ferme sur le fond et paisible dans le ton.
Le Pape a souligné la nécessité de retrouver du commun dans un monde où les liens se délitent notamment sous l’influence de la technologie, comment retrouver la joie et l’espérance dans un monde de confort et de satisfaction de plus en plus immédiate de nos envies ?
Mgr Matthieu Rougé : En cultivant ce qui contribue à la paix, en ne laissant pas les technologies prendre le pas sur des relations humaines authentiques, en donnant des lieux et du temps à l’expérience spirituelle profonde. L’humanité est magnifique, pour reprendre le thème de la première encyclique de Léon XIV. Nous sommes appelés à combattre avec confiance ce qui la défigure et le reste nous sera donné par surcroît.
Pensez-vous qu’il faille analyser le moment de communion nationale comme l’expression d’un besoin de simple commun ou comme le socle d’un renouveau spirituel ? Et comment l’Eglise peut-elle y répondre ? Pour reprendre les questions posées par le Pape lors de la messe de la Concorde, quelle est notre soif la plus profonde ? À quelles sources pouvons-nous l’étancher ?
Mgr Matthieu Rougé : Cette première visite apostolique du Pape Léon en France fera date assurément. Elle va stimuler à n’en pas douter la recomposition déjà en cours de l’appartenance chrétienne dans notre pays. Il ne s’agit pas de chercher à ressusciter le passé mais de favoriser de nouveau développement de l’expérience croyante. Comme l’a affirmé le Pape à la Concorde, « c’est Jésus-Christ, par son incarnation, qui rejoint tout homme dans son histoire et se révèle à lui comme la véritable source d’eau vive capable d’étancher sa soif ».
Le Pape a exhorté ceux qui écoutaient la messe de la Concorde à ne pas gardez cette foi en Jésus Christ pour eux-mêmes et à la laisser déborder pour abreuver ceux qu’ils rencontrent. Comment le faire dans une société aussi polarisée et travaillée par de profondes fractures identitaires ?
Mgr Matthieu Rougé : Encore une fois, le premier message de ce voyage est la manière d’être du Pape, ce qu’il a appelé « la paix désarmée et désarmante ». Malgré la difficulté des temps et les remises en cause qu’il nous faut parfois affronter, nous sommes appelés à témoigner avec la ferme assurance de ceux qui n’ont pas besoin de dominer pour rayonner.